Les vendeurs vont perdre beaucoup d’argent en 2026… À moins qu’ils ne fassent une chose.

Pendant deux ans, la Costa del Sol a été un marché de vendeurs. Vous publiez une annonce et, en quelques semaines, vous recevez une offre. L’acheteur acceptait le prix par manque d’alternatives. C’est désormais terminé. Aujourd’hui, certains propriétaires laissent leur bien en ligne pendant des mois, persuadés que « le marché va encore monter » et que baisser le prix revient à « perdre de l’argent ». Ces propriétaires commettent l’erreur la plus coûteuse : croire que l’attente leur sera profitable, alors que les chiffres indiquent exactement l’inverse.

Les ventes sont en baisse depuis plusieurs mois dans toute l’Espagne. Les stocks commencent à s’accumuler dans des villes comme Malaga. Les prix moyens restent élevés, certes, mais derrière ces chiffres se cache une réalité inconfortable : 14 % des vendeurs revoient déjà leurs prix à la baisse, et ceux qui ne le font pas restent bloqués sur le marché pendant trois mois ou plus. Il ne s’agit pas d’une incitation à patienter. C’est un avertissement.

Les chiffres que personne ne veut lire

Au premier trimestre 2026, l’Espagne a enregistré 178 500 transactions immobilières, soit une baisse de 2,6 % sur un an. Le mois de janvier a été encore plus marqué (-5 %). Février a connu une légère reprise (-0,5 %), mais la tendance reste à la baisse.

L’année 2025 s’est achevée avec 714 000 transactions, atteignant son plus haut niveau depuis 2007. C’était une année exceptionnelle. Et pourtant, à peine trois mois plus tard, le marché entamait déjà sa contraction. L’Andalousie résiste mieux que d’autres régions (-0,1 % au T1), mais le ralentissement est bien réel dans tout le pays.

Un autre indicateur s’avère particulièrement révélateur : 14 % des annonces de biens à vendre ont vu leur prix baisser au cours du premier trimestre 2026, soit trois points de plus qu’à la même période en 2025. Il convient de le souligner : 14 % des vendeurs baissent déjà leur prix, et ce pourcentage continue de progresser. Il ne s’agit pas d’exceptions, mais d’une véritable tendance.

Le piège du prix moyen au plus haut

C’est ici que vendeurs et propriétaires se trompent. Le prix moyen national demeure à un niveau record — 2 795 €/m² en mai 2026, soit une hausse de 16,9 % sur un an et 16 mois consécutifs de progression à deux chiffres. Cela peut donner l’impression d’un marché solide où l’attente serait la stratégie à adopter. Cependant, ce chiffre est trompeur.

Si le prix moyen augmente, c’est en raison de la contraction de l’offre (le stock national a chuté de 10 % au T1) et de l’évolution de la typologie des biens vendus, et non parce que chaque propriétaire obtient le montant souhaité.

À titre d’exemple : il y a un an, 100 logements se vendaient dans le centre de Malaga, répartis sur toutes les gammes de prix. Cette année, on en compte 60. Toutefois, ces 60 transactions concernent principalement des biens idéalement positionnés, affichés au juste prix et vendus dès le premier mois. Les logements surévalués il y a un an ne trouvent plus preneur aujourd’hui ; ils finissent par disparaître du marché, retirés par des vendeurs découragés.

Résultat : le prix moyen des 60 biens vendus est supérieur à celui des 100 biens de l’année précédente. Mais le propriétaire qui attend une nouvelle hausse ne fait pas partie de ces 60 ventes. Il figure dans le stock accumulé, au point mort.

Le centre de Malaga en est l’illustration parfaite. Son prix moyen en avril s’élevait à 4 121 €/m² (+10,1 % sur un an), se situant désormais en deçà de la moyenne nationale (+16,9 %). Le ralentissement est bel et bien amorcé.

Plus de stock disponible, moins d’acheteurs : un constat sans appel

Malaga fait partie des sept seules capitales provinciales espagnoles à avoir vu son stock augmenter au premier trimestre 2026, avec une hausse de 3 %, alors que le reste du pays enregistrait une baisse de 10 %.

Pourquoi est-ce significatif ? Parce que cela marque la fin de l’exception liée au boom immobilier. La ville de Malaga, qui a connu deux années d’effervescence où plusieurs acheteurs se disputaient le même bien, retrouve un rythme normal. Le nombre de logements sur le marché augmente, non pas en raison de nouveaux investissements, mais parce que de nombreux propriétaires qui attendaient une hausse se voient contraints de vendre, réalisant alors que leur prix ne correspond plus à la réalité du marché.

L’effet en chaîne est immédiat : chaque logement affiché à un prix irréaliste nuit au marché local. Un bien mis en vente à 450 000 € alors que sa valeur réelle est de 380 000 € ne reste pas seulement invendu ; il perd en visibilité et rétrograde dans le classement des portails immobiliers. Lorsqu’une baisse de prix intervient enfin trois mois plus tard, la dynamique initiale est perdue, et l’acheteur, sachant que le bien peine à se vendre, dispose d’un pouvoir de négociation accru.

L’acheteur international reste présent, mais se montre plus exigeant

Une réalité subsiste : la Costa del Sol demeure un marché attractif pour les acheteurs étrangers à fort pouvoir d’achat. Britanniques, Néerlandais, Allemands, Belges continuent d’investir. Cependant, présence ne rime plus avec précipitation. L’acheteur international des années 2024-2025 visitait un bien et formulait une offre rapidement. En 2026, il compare plusieurs options, sollicite des informations complémentaires et négocie fermement.

La demande n’a pas disparu ; elle est devenue nettement plus sélective. C’est là que le problème se pose pour les biens surévalués. La clientèle prête à accepter un prix au-dessus du marché — celle qui ne compare pas et achète dans l’urgence — n’existe plus.

La tendance actuelle

Fin 2024 et tout au long de l’année 2025, le schéma était prévisible :

  • Publication de l’annonce.
  • Réception de trois offres en deux semaines.
  • Sélection de la meilleure proposition.
  • Signature de la vente.

Ce modèle n’est plus d’actualité. La dynamique présente s’établit plutôt ainsi :

  • Publication de l’annonce.
  • Réception d’une offre sous quatre semaines.
  • Négociation à la baisse.
  • Finalisation en trois mois.

Pour un bien surévalué, la situation évolue généralement de la sorte :

  • Publication de l’annonce.
  • Aucune offre après deux mois.
  • Baisses de prix successives.
  • Vente à un montant inférieur à ce qui aurait pu être obtenu dès le départ avec un positionnement correct.

Attendre dans ce contexte ne constitue pas une opportunité, mais la certitude d’une perte financière.

Les limites du « je baisserai le prix si nécessaire »

Une approche revient fréquemment : « Je tente un prix élevé et je réviserai si le bien ne se vend pas. » Cette stratégie fonctionne sur un marché favorable aux vendeurs, mais s’avère inefficace sur un marché en phase de refroidissement.

Lors de sa mise en ligne, une annonce bénéficie d’une fenêtre de visibilité optimale de 3 à 4 semaines. Si le prix est juste, elle suscite l’intérêt (visites, contacts, offres). Si le prix est trop élevé, l’intérêt reste limité. Passé ce délai, l’algorithme des portails immobiliers rétrograde l’annonce, qui perd sa position face aux nouveautés.

Au bout de deux mois, le bien devient presque invisible, sauf pour les acheteurs en recherche active depuis longtemps, lesquels identifient immédiatement son ancienneté sur le marché, ce qui fragilise la position du vendeur lors des négociations.

Une baisse de prix après deux mois permet de regagner de la visibilité, mais l’effet de nouveauté s’est dissipé. L’acheteur sait que le prix a été revu à la baisse, confirmant que le montant initial était irréaliste.

En conséquence, la transaction se conclut souvent à un prix inférieur à ce qu’aurait permis un positionnement correct d’emblée, l’acheteur négociant de manière plus aggressive. À cela s’ajoute la perte de deux mois précieux et la dévalorisation de l’annonce.

Le constat pour les propriétaires en attente

Si votre bien est sur le marché depuis deux mois sans offre ferme et que vous envisagez d’attendre une éventuelle hausse avant de réviser votre prix, gardez ces éléments à l’esprit : Le marché ne repartira pas à la hausse dans les prochains mois. La demande faiblit, les stocks augmentent dans les grandes villes et 14 % des vendeurs ont déjà ajusté leurs prétentions. L’attente n’apportera aucun bénéfice ; elle engendrera une perte de temps et d’argent.

Adopter une rigueur tarifaire dès aujourd’hui constitue la stratégie la plus pertinente. Il ne s’agit pas de perdre de l’argent, mais de concrétiser la vente plus rapidement, sans laisser le bien s’épuiser sur les portails immobiliers.

Les propriétaires qui l’intègrent aujourd’hui vendront dans de meilleures conditions. Ceux qui comptent sur une évolution favorable du marché constateront d’ici six mois que le temps jouait en réalité contre eux.

Comment évaluer la pertinence de votre prix ?

Sans formule magique, certains signaux ne trompent pas :

  • Une offre ferme au cours des 3 à 4 premières semaines : prix adéquat ou légèrement optimiste. L’annonce a bénéficié d’une bonne visibilité et a capté un acheteur sérieux.
  • Des demandes de renseignements sans offre au bout d’un mois : prix trop élevé. Le bien suscite de l’intérêt, mais pas suffisamment pour déclencher un engagement.
  • Absence totale de contact au bout d’un mois : prix nettement trop élevé ou présentation à revoir (le prix restant le facteur principal).
  • Demande de nouvelles photos ou évocation de travaux par l’acheteur : prix correct, mais présentation à améliorer.
  • Négociation à la baisse dès le premier contact : prix manifestement surévalué ou emplacement moins attractif qu’estimé.

Si votre situation correspond aux trois derniers cas après quatre semaines, l’attente n’est plus de mise : il convient d’ajuster le prix.

Une correction de marché plutôt qu’une crise

Il ne s’agit ni d’un mouvement de panique ni d’un effondrement du marché, mais d’une normalisation après deux années exceptionnelles.

L’Espagne fait toujours face à un manque structurel d’offre — le déficit de logements ne disparaîtra pas en 2026. Les prix ne vont pas s’effondrer de manière généralisée et les acheteurs solvables resteront actifs.

C’est le rythme des transactions qui a évolué, modifiant la donne pour les vendeurs. Dans un marché en forte hausse, les erreurs d’estimation sont rapidement absorbées. Dans un marché qui se normalise, une mauvaise évaluation tarifaire se traduit directement par un manque à gagner.

Ceux qui intègrent cette réalité concluront leurs ventes ; les autres continueront d’attendre.

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Directeur - Courtier immobilier
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